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Nouvelle

Cours du CNFDI : Rédaction d'une nouvelle

Devoir : Ecrire une nouvelle sans thème imposé de maximum 6 pages A4

Consignes imposées: Interligne 1,5 - Ecriture Times New Roman - Taille de police 12

 

Voici mon écrit : 

 

Au delà des apparences...

 

La nuit était noire et silencieuse, il y avait peu d'éclairage, mais une ombre se dessinait à la lumière de la lune. L'homme se tenait là depuis un moment, parfaitement immobile et fixait de ses yeux sombres une maison de l'autre côté de la rue. Une lumière s'alluma à l'étage, éclairant un peu plus l'homme qui se tenait là. Il regarda les silhouettes se déplacer derrière les rideaux. Elles étaient si fugaces et semblaient irréelles. L'obscurité réapparut et il ne discerna plus aucun mouvement en provenance de la maison. Il s'en alla d'un pas lourd, une larme coula sur sa joue, il se retourna une dernière fois, puis disparut au détour d'un petit chemin...

 ***

« Papa, regardeee ! », cria une voix enfantine.

Thomas observa Margaux, sa fille de cinq ans, qui essayait d'attraper un papillon dans le jardin. C'était une belle journée ensoleillée, mais Thomas disposait de peu de temps pour en profiter. Bien qu'il soit en télétravail, il était un peu surchargé depuis quelques jours. Il travaillait dans le domaine de l'édition depuis une dizaine d'années et cette activité le passionnait, mais il était un peu déçu de ne pas avoir plus de temps à consacrer à sa fille. Il devait assurer seul les besoins du foyer, après avoir perdu sa femme dans un accident de voiture trois ans auparavant. Du jour au lendemain, son monde avait basculé et il essayait tant bien que mal d'être présent pour elle. Margaux semblait heureuse, bien qu'il lui manquait une présence maternelle et Thomas faisait son possible pour combler ce vide. Ce vide que lui-même ressentait jour après jour, Diane était l'amour de sa vie et sa disparition brutale avait enfermé son cœur dans une cage en fer forgé. Tout son amour était désormais destiné à Margaux, elle était la seule personne qui le maintenait en vie et lui donnait le courage d'avancer.

Il décida alors de faire une pause et alla rejoindre sa fille dans le jardin. Il la retrouva immobile, fixant quelque chose un peu plus loin.

« Tu as perdu ton papillon, ma chérie ? », demanda Thomas en s'agenouillant près d'elle.

Elle ne répondit pas tout de suite, puis elle se pencha et lui chuchota à l'oreille : « Il y a un vieux monsieur qui me regarde... », en pointant son petit doigt dans une direction.

Thomas se releva d'un bond et observa avec attention les alentours. Il vit un homme avachi s'éloigner lentement en traînant un peu la jambe. Il portait un chapeau, un pardessus gris élimé et se servait d'une canne. Thomas ne se souvenait pas de l'avoir déjà vu dans le quartier et il n'y prêta pas plus d'attention que cela, c'était sûrement quelqu'un de trop curieux.

Il joua au ballon avec Margaux pendant un petit moment, sans plus se soucier de l'incident, puis retourna à son bureau pour finir la lecture du dernier ouvrage que son patron lui avait envoyé.

*** 

Le lendemain, il décida d'emmener Margaux faire quelques emplettes au centre commercial situé à quelques kilomètres de leur maison.

La petite fille était d'un naturel sage et regardait tranquillement les articles avec son papa, accrochée de sa petite main au caddie de supermarché.

« Tu préfères le rose ou le jaune ? », demanda Thomas en se tournant vers sa fille et en lui montrant deux tee-shirts.

« Oh papa, tu sais bien, le jaune !! », gloussa Margaux.

Il n'était pas surpris de son choix, le jaune était sa couleur préférée. Il se mit alors à fouiller sur le support à vêtements à la recherche de la bonne taille.

« Je ne trouve pas ta taille, ma chérie, du vert peut-être ? »

Pas de réponse... Il se retourna... Margaux n'était plus là. Il regarda autour de lui en appelant Margaux, mais ne la vit nulle part.

Son cœur se mit à battre plus fort. Abandonnant son caddie, il se mit à arpenter les allées du magasin, en criant le prénom de sa fille de plus en plus fort, en marchant de plus en plus vite, pour finalement se mettre à courir dans tous les sens. Aucune trace de Margaux. En nage et complètement paniqué, il demanda aux clients du magasin, mais personne ne l'avait vue.

« Ma fille a disparu !! », cria-t-il en arrivant devant le comptoir d'accueil du magasin. L'hôtesse d'accueil lança immédiatement un appel au micro et fit venir les agents de sécurité. Thomas décrivit avec le plus de détails possible l'apparence et les vêtements que portait sa fille. Un des vigiles lui proposa d'examiner les vidéos des caméras de surveillance, pendant qu'une partie du personnel fouillait consciencieusement tous les recoins du magasin, les réserves et les accès aux salles de pause, ainsi qu'aux vestiaires.

« C'est elle !! », cria Thomas en désignant un des écrans du local de surveillance. La vidéo datait d'une vingtaine de minutes et la petite fille se tenait dans le rayon textile, tout près du caddie qu'il avait abandonné peu de temps auparavant. « Elle est revenue et moi je n'étais plus là ! », pensa-t-il, en se morigénant. Sur la vidéo, il vit alors un homme s'approcher d'elle et le reconnut presque aussitôt avec son pardessus élimé et son chapeau. Celui-ci s'agenouilla avec une certaine difficulté près de la fillette et lui parla quelques secondes, puis lui montra une sorte de cliché et Thomas vit alors avec stupeur Margaux lui sourire. L'homme se releva et tendit la main qu'elle prit sans la moindre hésitation. Thomas était totalement abasourdi devant les images qui défilaient devant lui, car il vit l'homme et sa fille s'éloigner tranquillement et disparaître du champ de vision de la caméra.

« Vous connaissez cet homme ? », demanda l'agent de sécurité.

« Absolument pas ! Mais l'autre jour, je crois qu'il espionnait ma fille dans notre jardin, depuis l'autre côté de la rue... Il faut appeler la police !! », répondit Thomas, pâle comme un linge.

Thomas faisait les cent pas devant le comptoir de l'accueil, en jetant des coups d’œil aux alentours. En attendant les forces de l'ordre, les vigiles lui avaient demandé de rester là, le temps d'effectuer les recherches nécessaires, mais il ne tenait pas en place et voulait la trouver lui-même. Il était désormais mort d'inquiétude, sa fille ayant disparu depuis bientôt une demi-heure. Si cet homme l'avait enlevé, ils étaient peut-être déjà loin.

Deux agents de police arrivèrent à ce moment-là, escortés par un des agents de sécurité. Thomas leur expliqua la situation et leur donna une description de l'homme qu'il avait aperçu près de chez lui quelques jours plus tôt. Il parla avec eux quelques minutes quand soudain il entendit crier « Papa ». Il se retourna et son cœur manqua un battement quand il vit Margaux dans les bras d'une hôtesse de caisse, qui se dirigeait vers lui. Il prit aussitôt sa fille contre lui, la serrant fort et l'embrassant.

L'hôtesse lui expliqua qu'un homme âgé était venu la voir à son poste et lui avait confié la petite fille, en lui recommandant de prendre soin d'elle et de la ramener à son papa...

Thomas remercia chaleureusement la jeune femme, ainsi que tous les membres du personnel qui étaient présents, puis il questionna sa fille :

« Où étais-tu passée ? J'étais très inquiet, Margaux »

Elle ne répondit pas et blottit sa tête dans le cou de son père, elle semblait épuisée.

Thomas indiqua aux policiers et aux agents de sécurité qu'il la ramenait à la maison. Ceux-ci lui assurèrent de poursuivre les investigations grâce aux vidéos de surveillance.

Au moment où il s'éloignait, il vit l'hôtesse de caisse qui essayait d'attirer son attention et il s'approcha d'elle :

« Il s'est passé quelque chose d'étrange quand ce monsieur m'a remis votre fille... »

« Il a bien stipulé que je devais la ramener à un certain Thomas, c'est bien votre prénom, n'est ce pas ? »

Thomas resta muet de stupeur, l'individu connaissait son prénom...

 

Pendant le trajet en voiture, sa fille resta silencieuse et Thomas n'osa pas lui poser d'autres questions. Il était heureux de l'avoir retrouvée et le temps qu'avait duré sa disparition lui avait semblé interminable.

Mais que faisait cet homme dans le supermarché ? Voulait-il du mal à Margaux et finalement, il s'était ravisé ? Et comment pouvait-il connaître son prénom ?

Cette histoire était tout bonnement incompréhensible. Il avait beau chercher dans sa mémoire, son visage lui était inconnu.

De retour à la maison, il prépara un chocolat chaud et le proposa à Margaux. Elle sourit timidement, elle avait repris des couleurs :

« Tu vas me gronder ? », demanda-t-elle d'une toute petite voix.

« Non, je suis content de t'avoir retrouvée... Tu veux bien me raconter ? », répondit Thomas d'une voix douce.

Margaux se mit à réfléchir puis commença son histoire. Quelque chose de brillant avait attiré son attention et elle avait rampé sous les portants chargés de vêtements pour aller voir : c'était une petite jupe jaune avec des perles dorées, elle la trouvait très jolie et elle voulait lui montrer. Elle était si contente qu'après cela, elle ne savait plus où elle était et s'était un peu perdue au niveau des cabines d'essayage. Finalement, elle avait retrouvée le caddie, mais lui n'était plus là, alors elle avait attendu sagement.

« Ensuite, le monsieur de l'autre jour est venu te voir et pourquoi es-tu partie avec lui ? », demanda alors Thomas.

Margaux se dandina sur sa chaise puis répondit :

« Il a été gentil, il m'a dit qu'il savait où tu étais et que je pouvais lui faire confiance... »

« Et qu'est ce que je t'avais déjà dit à propos des inconnus, Margaux ? »

« De ne pas leur parler ! Mais, papa, lui ce n'est pas un inconnu, j'en suis sûr, il m'a montré... une photo de maman ! »

Thomas manqua de s'étrangler en entendant cette dernière phrase : il lui avait montré une photo de Diane, sa femme ! Il ne voyait pas qui pouvait encore posséder une photo d'elle, c'était impossible, Diane n'avait plus aucune famille, ses parents étant décédés quelques années avant son accident de voiture. Et à son enterrement, il n'avait vu personne de vaguement ressemblant avec l'individu qui semblait les espionner depuis un certain temps. Une sueur glacée coula le long de son dos, quelqu'un voulait s'en prendre à sa fille et utilisait un portrait de Diane pour arriver à ses fins, c'était la seule explication possible. Une explication terrifiante...

*** 

Dans les jours qui suivirent, il put pleinement veiller sur Margaux car, ayant expliqué la situation à son supérieur, celui-ci lui avait proposé de prendre quelques jours de congés. Sa fille ne semblait pas perturbée par la situation et était ravie d'avoir plus de temps à passer avec son père.

Thomas, quant à lui, avait tous les sens en éveil et peinait à ne pas montrer son inquiétude. Mais le vieil homme ne fit plus aucune apparition et au bout de quelques jours, il commença à se détendre un peu.

Un soir, alors qu'il s'apprêtait à border Margaux dans son lit, il jeta un coup d’œil par la fenêtre et n'en crut pas ses yeux : l'homme était là, immobile dans l'obscure clarté de la lune et il observait la maison. Thomas appela aussitôt la police, mais décida de ne pas les attendre cette fois et dévala rapidement les marches des escaliers. Il se rua à l'extérieur et courut aussi vite qu'il put, le vieil homme s'éloignant déjà en claudiquant. Il le rattrapa aisément et le fit se retourner brutalement en lui saisissant le bras.

« Qui êtes-vous ? », hurla Thomas.

« Je ne suis personne, je m'en vais », répondit l'homme, en tentant de s'éloigner.

« Pas cette fois, mon vieux, on va attendre la police ensemble et vous allez leur expliquer pourquoi vous terrorisez ma famille ! »

« Je ne veux faire de mal à personne, je... », commença-t-il, mais il s'arrêta soudain et ne prononça plus aucun mot.

Une voiture de patrouille s'arrêta devant eux quelques minutes plus tard et après que Thomas ait raconté les événements des derniers jours, le vieil homme fut interpellé. Les voisins commencèrent à affluer aux abords de sa maison, attirés par le bruit et le gyrophare éblouissant. Les agents de police entreprirent alors de les interroger.

Thomas, qui patientait non loin de là, entrevit alors vraiment le visage de l'homme qui les avait persécuté depuis plusieurs jours.

« Margaux est en sécurité, il ne pourra plus lui faire de mal ! », pensa-t-il.

Mais quelque chose dans son regard attira alors l'attention de Thomas, il y vit de la peur, mais également une profonde tristesse et ces yeux lui étaient étrangement familiers. Il s'approcha alors de lui, sous la vigilance du policier qui le surveillait.

« Qui êtes-vous ? », redemanda-t-il alors d'un ton plus calme, « Pourquoi avez-vous une photo de ma femme ? »

Le vieil homme, jusqu'à lors silencieux et amorphe, lui jeta un coup d’œil étonné, mais ne répondit toujours pas. Thomas voulait des réponses et insista :

« Pourquoi avez-vous tenté de kidnapper ma fille ? »

« NON, jamais de la vie », rugit alors l'homme, avec un regain d'énergie surprenant, « Je voulais juste la voir... ».

« Pourquoi ?? Vous êtes un pervers, c'est ça ? », cria Thomas, perdant son sang-froid.

Le visage du vieil homme devint alors aussi blanc que de la craie et il tituba sous l'accusation :

« Jamais je n'aurais fait de mal à Margaux, c'est tout ce qu'il me reste de Diane ! ».

« Qu'est ce que ma femme a à voir dans cette histoire ? Ça fait trois ans qu'elle nous a quittés...».

« Diane était ma fille, je suis son père biologique... ».

Thomas le regarda alors avec stupeur. Cela ne pouvait être vrai, sa femme lui en aurait parlé. Il écouta alors l'homme lui raconter son histoire.

Il s'appelait David et avait passé la moitié de sa vie en prison. Alors que Diane n'avait que deux ans, il avait été condamné à trente ans, sans possibilité de remise de peine. C'est alors que Flora, la mère de Diane, avait fait « table rase » du passé et refait sa vie, sans plus lui donner de nouvelles ni lui rendre visite en prison. Ils n'étaient pas mariés à l'époque et David n'avait aucun droit.

« J'ai fait des mauvais choix dans ma vie et celui de participer à ce cambriolage fut le pire. Tout a très mal tourné ce jour-là et un agent de sécurité a perdu la vie par la faute d'un de mes complices... Et moi, j'ai perdu ma famille. C'est seulement à ma libération que j'ai appris que Flora et Diane étaient mortes, et je n'ai pu récupérer que cette seule photo », dit-il en montrant un bout de papier froissé et jauni, issu apparemment d'un article de presse.

« Je voulais juste voir ma petite-fille, sans interférer dans sa vie, ni dans la vôtre. L'autre jour, quand je l'ai aperçue toute seule dans le magasin, je ne pouvais pas rester sans rien faire et je l'ai confié à une jeune femme. En fait, je me suis un peu caché, je ne souhaitais pas vous parler, j'ai été lâche car je ne me sens pas digne de faire parti de vos vies... »

Thomas écouta avec intérêt et était convaincu de la sincérité du vieil homme. Il était impossible de simuler une telle tristesse, ni de tels regrets. Il avait jugé cet homme pour de mauvaises raisons et estima que celui-ci avait largement payé ses erreurs passées.

Il indiqua au policier qu'il ne comptait plus porter plainte et David fut libéré, vu qu'il n'avait commis aucun véritable crime. Les policiers s'en allèrent et la foule de voisins se dispersa.

A la grande surprise de David, Thomas l'invita à revenir le lendemain pour qu'il lui présente Margaux. Celle-ci fut ravie de le voir et en apprenant qu'il était son grand-père, elle l'accueillit avec joie. Dans les premiers temps, Thomas demeura encore un peu méfiant, mais il fut rapidement stupéfait par le changement d'attitude du vieil homme, son visage rayonnait littéralement de bonheur. La ressemblance avec sa femme était de plus en plus flagrante, tant par ses yeux (il les avait remarqués ce soir là) que par ses expressions.

« J'ai fait le bon choix », pensa Thomas en regardant Margaux et son grand-père jouer aux cartes.

David, quant à lui, remercia sa bonne étoile d'avoir mis sur sa route un homme comme Thomas, qui avait été un si bon mari pour sa fille et un père dévoué. Il avait retrouvé une famille...SA famille !

Après une existence dramatique et solitaire, la vie lui offrait une seconde chance et sa reconnaissance envers Thomas serait éternelle.

 

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